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Prosulfocarbe: attention danger

“Il est devenu en 2022 la substance herbicide la plus utilisée en France, devant le glyphosate”, extrait du Socialter n°73, ça donne le ton et on a juste envie de crier: AU SECOURS! On ne pouvait pas passer à côté, il fallait qu’on vous en parle.

Qu’est-ce que c’est le pro-machin truc?

Une substance chimique très efficace pour se débarrasser des adventices en cultures conventionnelles of course, et dont l’utilisation ne fait que croître: entre 2012 et 2022, les ventes de produits contenant du prosulfocarbe comme le FIXY ou le DEFI ont explosé en France, passant de 1000 à 7400 tonnes par an d’après Socialter.

Elle est épandue à l’automne, juste après les semis d’orge ou de blé pour éviter la concurrence entre les plantes, la même manœuvre est reproduite au printemps pour “protéger” les bébés pomme de terre. On comprend ici que son usage est particulièrement intensif dans les régions de grandes cultures ce qui est d’autant plus problématique que la substance est très volatile et adore se promener, jusqu’à plusieurs kilomètres de la source: “il a une fâcheuse tendance à rester suspendu et à se déplacer avec les masses d’air ou avec les brumes matinales” comme l’explique l’agronome Xavier Reboud (interviewé par Socialter).

Si l’on ajoute à ça que “jusqu’à 80% de la substance peut s’évaporer dans les 24h suivant son application” (source Socialter d’après Sandra Carlsen, Niels Henrik Spliid et Bo Svensmark, “Drift of 10 herbicides after tractor spray application“, Chemosphere, juillet 2006)… on capte tout de suite l’ampleur de l’enjeu. Hum. Et même si l’Agence Nationale de Sécurité Alimentaire impose l’utilisation de “buses anti-dérives” afin de pulvériser des gouttes plus grosses, donc plus lourdes et moins volatiles, les résultats ne semblent pas incroyables.

Contamination croisée

Ce qui, pour les agriculteur.ices bio est évidemment un gros problème: paysan.nes engagé.es sur le label n’utilisent pas ces substances mais lorsqu’elles viennent contaminer les récoltes malgré tout? De l’extérieur? Comment fait-on?

La question est réelle car en l’absence de tiers responsable, les assurances ne savent pas faire. Dit autrement: un.e producteur.ice bio qui verrait une récolte déclassée en raison de résidus chimiques non choisis n’a que ses yeux pour pleurer la perte du chiffre d’affaire (et du travail, du temps,…) associée. Il n’y a pas de dédommagement possible dans ce cas car à qui attribuer la responsabilité? Si on ne sait pas d’où ça vient, on ne sait pas “à cause de qui” donc on ne sait pas quelle assurance mobiliser, donc c’est peine perdue.

Syngenta, le principal vendeur national de cette substance a mis en place un outil cartographique permettant de définir les modalités de traitements, en fonction des substances et de la parcelle considérée: proximité avec des habitations, points d’eau, …

Mais le système n’est bien entendu pas contraignant, il est informatif avant tout et à la disposition de ceux que cela intéresse.

Objectivement rien n’empêche de traiter des parcelles avec ces produits. Ni la proximité d’exploitations biologiques, ni la proximité d’autres êtres vivants!

Etant donnée la nature du produit considéré, les agriculteur.ices professionnel.les ne sont pas les seul.es concerné.es: une récente étude de Générations Futures montre que des résidus de prosulfocarbe se trouve également dans des jardins de particuliers. Forcément. S’il peut voler par ici, il peut également voler par là. En fin de compte, nous sommes toutes et tous concernés.

Mais cette molécule n’est peut-être pas si dangereuse que ça…?

Il a été observé que de jeunes enfants dont une exposition supposée intensive à la molécule – car habitant près de zones céréalières – avaient contracté des cancers dans la région de La Rochelle. (Cf Socialter)

Mais dans les faits, on ne sait pas grand chose. Et là je vais simplement reprendre mot pour mot une partie de l’article parce que c’est aussi édifiant qu’affligeant et rageant:

“Mais le brouillard su prosulfocarbe n’a pas fini de s’épaissir. Essayons maintenant de comprendre comment a été évaluée sa toxicité avant qu’il soit commercialisé. Les choses se passent à l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA). Première surprise: les tests de toxicité sont réalisés dans des structures censées respecter les “bonnes pratiques de laboratoires”, mais financés par les fabricants eux-mêmes. Deuxième choc: les études sur le caractère cancérigène de la molécule datent de Mathusalem – 1987 et 1988. “Ces protocoles sont obsolètes car les lignes directrices des tests ont été mises à jour en 208”, précise Pauline Cervan, toxicologue pour Générations futures. Et, troisième révélation, l’un de ces tests au moins a été fait n’importe comment.

C’est un document touffu de l’EFSA qui le divulgue. Pour mener une étude de cancérogénicité, il faut prendre deux groupes de rats de laboratoire, en exposer un au produit et observer si les cancers y sont plus nombreux que dans le groupe témoin, au bout de vingt-quatre mois – le délai est important car, comme les humains, le crabe met du temps à faire son apparition. Problème: dans l’étude sur le prosulfocarbe, la majorité des rats sont morts…avant d’avoir atteint 2 ans. “Il y a eu jusqu’à 78% de mortalité dans un des groupes. Malgré ça, les chargés du test ont compté les tumeurs sur les animaux restaient et ont conclu qu’il n’y avait pas de risque! s’étrangle Laurence Huc, toxicologie et directrice de recherche à l’Inrae. L’étude aurait dû être jugée non conforme.” Et les “bonnes pratiques de laboratoire” alors? “Visiblement, l’EFSA s’est assise dessus”, lâche la scientifique. Interrogée, l’EFSA reconnaît des études “de validité limitée”, mais “jugées valables”.”

Hum.

Santé du Vivant ou du porte-monnaie

Notons que pour cet article, ni le Ministère de l’Agriculture, ni la FNSEA n’ont souhaité répondre et contribuer au sujet.

Notons également et ça c’est franchement HALLUCINANT, que sur le site du Ministère de l’Agriculture, comme sur le site de la FNSE, lorsque l’on tape “Prosulfocarbe” dans la barre de recherche il y a…. 0 résultat!

Comme c’est de plus en plus le cas, les luttes se rejoignent: le combat pour un Vivant fort et sain rejoint ici le combat des fortunés contre les humbles. Les protocoles de recherche et d’analyse existent, mais ils se frottent aux lobbys des pesticides qui gargouillent gaiement au Parlement européen pour défendre leurs intérêts propres. Socialter rapporte que Syngenta a par exemple dépensé 1.5M d’euros en lobby à Bruxelles, Bayer 6M d’euros selon LobbyFacts. A l’échelle des producteurs bio, en permaculture etc., ces chiffres donnent le tournis comme ils posent l’ampleur des enjeux en question.

Je cite de nouveau parce que vraiment…

“Autre aberration typiquement européenne: le prosulfocarbe aurait dû être réévalué en 2018. Mais son autorisation de commercialisation a été prolongée chaque année depuis, sans aucun réexamen, et même de trente-neuf mois d’un coup en 2023, jusqu’à début 2027. Qui a pris cette décision, véritable bénédiction pour les fabricants? Réponse: le “Scopaff”, un obscur comité dont les membres sont envoyés par les différents pays. Qui sont-ils? ont-ils les compétences pour décider de prolonger des produits potentiellement toxiques? “Nous ne pouvons pas divulguer leurs noms”, répond la Commission européenne. Une enquête fouillée de Pollinis, qui a obtenu l’accès à des échanges de mails, montre que les arguments du lobby de l’agrochimie influencent les discussions”.

Ces Scopaff sont des Standing Committee on Plants, Animals, Food and Feed  et ce qu’ils font ou qui ils sont est en effet bien vague:

Standing Committees deliver opinions that inform the Commission’s work on measures that it is planning. Such measures relate to the implementation of legislation that is already adopted.

The Commission consults the relevant committee depending on the policy area: food & feed safety, animal health & welfare and plant health. Committee members are national experts who represent EU governments and public authorities.

Voilà des instances avec beaucoup d’influence et peu de responsabilités comme le dit très bien Pollinis…

Une lutte engagée par les citoyen.nes, associations et élu.es

Si vous passez par Youtube, vous trouverez des reportages en Normandie et Bretagne sur des actions engagées pour protéger les producteurs de pommes notamment et les consommateurs/riverains. Cela date un peu mais c’est intéressant. Il y a également des témoignages de producteurs.rices bio.

La FNAB (Fédération Nationale d’Agriculture Biologique) avait également lancé un financement participatif pour faire interdire le prosulfocarbe. Je n’ai pas trouvé de suite directe de ce financement mais il dit quelque chose de la mobilisation des acteurs concernés.

Et pour mes houblons alors?

Et bien même si l’on aimerait parfois pouvoir mettre les houblonnières sous cloche pour les protéger de toute la bêtise humaine, malheureusement, nous avons peu de pouvoir là-dessus.

Cela étant dit, en 2025, l’ANSES a précisé les règles d’utilisation du prosulfocarbe:

  1. Utiliser un dispositif antidérive lors de l’application
  2. Intervenir en conditions optimales d’application: hygrométrie élevée (> 70 %), températures clémentes (entre 5 et 20°C), absence de vent et respect de la hauteur optimale de la rampe en fonction de l’angle des buses. La hauteur minimale est de 50 cm pour des buses de 110° et de 90 cm pour des buses de 80°
  3. Respecter une distance vis-à-vis des riverains
  4. Attendre la récolte de cultures non cibles dans un rayon de 1 km // le houblon ne fait pas partie des cultures “non cibles” pour l’instant (la liste est susceptible d’évoluer), mais cela crée un support de discussion au besoin et malgré tout

En sus des règles 1, 2 et 4, nous pouvons vous apporter un peu de tranquillité d’esprit tout de même: les parcelles de houblons ne voisinent pas des parcelles à risque.

En bref, le bio est un combat pour le Vivant et nous le menons à vos côtés!

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